non


non

non [ nɔ̃ ] adv. de négation
XIe; lat. non « ne » en position accentuée
I Adv.
1(Réponse négative, refus) « Je dois bien t'ennuyer, Spark ? — Non : pourquoi cela ? » (Musset). Non, rien à faire, n'insistez pas. Non, non et non ! Mais non ! Non merci. Ma foi non. Ah ! ça non ! Certes non. « Vous êtes fâchée de cela ? Oh ! que non » (Musset). Littér. « Ai-je tout dit ? Non pas ! » (Duhamel). Pourquoi non ? 2. pas.
Fam. (interrog.) N'est-ce pas ? « C'est triste, non, de penser que, si on devient un homme public, on ne peut plus être complètement sincère en tant qu'écrivain ? » (Beauvoir).
2(Compl. dir. d'un v. déclaratif) Il dit toujours non : il nie, il refuse. C'est un faible, il ne sait pas dire non. Fam. Je ne dis pas non : je veux bien (cf. Ce n'est pas de refus). — Ne dire ni oui ni non : ne pas prendre parti (cf. Réponse de Normand). Répondre non. Faire non de la tête.
(En subordonnée complétive) Il n'en est rien. Je vous dis que non. J'espère bien que non. Faire signe que non.
3(Pour annoncer ou souligner la négation) Non, je ne le regrette pas.
4Fam. ou pop. Exclamatif, marquant l'indignation, la protestation. Non, par exemple ! Non, mais ! Non mais des fois, non mais dites-donc, non mais sans blague ! « Non mais, regardez-moi comme c'est fringué ! » (Aragon).
5Interrogatif, marquant l'étonnement. Il nous quitte. Non, pas possible ?
6Belgicisme NON FAIT, négation renforcée (d'apr. si fait 2. si, I, 1o ).
II(En phrase coordonnée ou juxtaposée) — ET NON; MAIS NON... « presque tous les hommes meurent de leurs remèdes et non de leurs maladies » (Molière). — ET (ou MAIS ) NON PAS, POINT... « il désirait inspirer confiance. Mais non point se confier à l'aveuglette » (Romains). — OU NON, marquant une alternative. Que vous le vouliez ou non. Êtes-vous décidé ou non ? Jean « se demandait tous les jours s'il l'épouserait ou non » (Maupassant). (En fin de phrase, pour nier un verbe qui est énoncé dans un premier membre affirmatif) 2. pas. « Les riches sont moralement tenus d'être probes; les pauvres non » (France).
NON PLUS,remplace aussi dans une propos. négative. « elle ne parlait pas, Charles non plus » (Flaubert). « Elle non plus, parbleu ! n'a pu prendre longtemps au sérieux son amour » (A. Gide). — NON, NON PAS, NON POINT, NON SEULEMENT... MAIS... Une voix non pas servile, mais soumise. Compter non plus par milliers, mais par millions. Non seulement il a tort, mais encore il s'obstine. « Non seulement vos vers sont mauvais, mais il m'est démontré que vous n'en ferez jamais de bons » (Diderot).
♢ NON SANS... (affirmation atténuée) Non sans hésitation : avec une certaine hésitation. Non sans peine. Non sans mal. Non sans avoir vérifié que toutes les portes étaient fermées.
Loc. conj. NON QUE (et subj.),pour écarter une explication possible. « Elle accepta avec joie, non qu'il y eût entre vous beaucoup d'intimité, mais elle aimait nos enfants » (F. Mauriac).
IIIEn emploi adv. Qui n'est pas, est le contraire de. Un personnage non négligeable. REM. Non s'emploie librement pour former des noms et des adjectifs. Non peut être rattaché au deuxième élément du mot ainsi composé, avec ou sans trait d'union : non-exécution, non coupable. IV N. m. inv.
1Un non; des non. Le référendum a obtenu une majorité de non. Un non catégorique. refus. Pour un oui ou pour un non.
2Automat., inform. Opérateur de complémentation. Adj. Un circuit Non.
⊗ CONTR. Oui, 2. si. ⊗ HOM. Nom.

non adverbe de négation (latin non, non, ne… pas, en position accentuée) Indique une réponse négative : Viendrez-vous ? — Non (je ne viendrai pas) ; peut être renforcé par un adverbe, par la répétition : Ma foi non. Non et non. Équivaut à une proposition négative avec les coordinations et dans les phrases sans verbe : Je lui ai demandé s'il viendrait, il m'a répondu que non. Devant une phrase négative, sert à marquer fortement la négation : Non, je ne suis pas malade. Joint à une interrogative, exprime l'impatience : Venez-vous ? Non ? Sur un ton interrogatif, marque l'étonnement, le refus provisoire de croire à ce qui vient d'être dit : Il n'est pas arrivé. — Non ? Familier. Avec une phrase exclamative, indique l'étonnement, l'indignation : Ah non, vous ne sortirez pas ! Devant un participe ou un adjectif, en constitue la négation, le contraire : Non vérifiable. Non, certes ; non, certainement ; non, assurément ; non, sans doute, confirment ou adoucissent la négation. Non loin, assez près. Non moins, pas moins, tout autant. Non pas, renforce la négation, dans une opposition : C'était un artisan, non pas un salarié. Non pas… mais, marque une opposition : Être non pas satisfait, mais moins mécontent. Non plus, équivaut à aussi dans une phrase négative. Non que, non pas que, indiquent que l'on écarte la cause que l'on pourrait supposer pour y substituer la cause véritable : Il ne réussit pas, non qu'il soit paresseux, mais parce qu'il est malchanceux. Non sans, indique l'accompagnement ou le moyen : J'y suis parvenu non sans peine ; indique la manière, la simultanéité : Il partit non sans protester d'ailleurs. Non seulement… mais encore (aussi), indique une opposition entre deux membres de phrase ; pas seulement, pas uniquement. Ou non, peut être employé coordonné au terme opposé, pour marquer une alternative : Il se demandait s'il allait y aller ou non.non nom masculin invariable Expression du refus, du désaccord : J'ai eu droit à un non catégorique. Opérateur booléen unaire donnant la valeur « vrai » si l'opérande a la valeur « faux », et vice versa. ● non (citations) adverbe de négation (latin non, non, ne… pas, en position accentuée) Émile Chartier, dit Alain Mortagne-au-Perche 1868-Le Vésinet 1951 Penser c'est dire non. Propos sur la religion P.U.F. René Daumal Boulzicourt, Ardennes, 1908-Paris 1944 Mâle le Non, il regarde la femelle. Le Contre-ciel Gallimard Commentaire Note de l'auteur : « La négation est un acte simple, immédiat et procréateur, autant vaut dire mâle. » Petrus Augustus De Genestet Amsterdam 1829-Rozendaal 1861 Heureux et libre est celui qui ose dire non ! Non non (difficultés) adverbe de négation (latin non, non, ne… pas, en position accentuée) Orthographe Employé comme nom, non est invariable : des oui et des non ; voilà des non qui ressemblent à des oui. Emploi 1. Moi non plus / moi aussi. Non plus remplace aussi dans les phrases négatives : tu l'aimes, moi aussi mais tu ne l'aimes pas, moi non plus. - Aussi est parfois employé à la place de non plus pour éviter la répétition de plus : toi aussi, tu ne le vois plus (plutôt que : toi non plus, tu ne le vois plus). Remarque Dans la langue classique, aussi pouvait être employé dans une phrase négative : « Elle ne disait mot, ni lui aussi »(Mme de Sévigné). Cet archaïsme de style se rencontre encore chez quelques auteurs contemporains. 2. Nonéquivalent den'est-ce pas, n'est-il pas vrai. Dans l'expression orale, non est souvent employé, avec une intonation interrogative, comme un équivalent familier de n'est-ce pas, n'est-il pas vrai : j'ai quand même le droit d'être ici, non ? - Dans un dialogue, non interrogatif peut également marquer l'étonnement ou le doute : « Est-ce possible ? Il m'a fait un discours. - Non ? - Bien sÛr »(Declercq). 3. Non plus que = pas plus que. Cette tournure vieillie n'est plus usitée que dans le registre littéraire ou très soutenu : non plus que les oiseaux du large, il ne supporte longtemps la terre ; je ne l'ai jamais vue, non plus que vous. 4. Lui non, moi non / lui pas, moi pas. → pas Construction 1. Non que, non pas que (+ subjonctif) : « Riquet vivait dans le moment présent, non qu'il manquât de mémoire, mais il ne se délectait point à se souvenir »(A. France). 2. Non seulement... mais. Non seulement s'emploie en corrélation avec mais, mais aussi, mais encore, mais même, pour opposer deux termes dont le second renchérit sur le premier : non seulement je ne vais pas m'opposer à ce projet, mais même je vais vous aider à le mener à bien ; non seulement je ne l'ignorais pas, mais encore c'est moi qui le lui ai dit. - Non seulement et mais précèdent toujours les termes qu'ils opposent ; ceux-ci doivent être de même nature : non seulement je l'ai revu, mais encore je lui ai parlé (et non : je l'ai non seulement revu, mais encore je lui ai parlé). - Avec non seulement... mais, le verbe s'accorde avec le sujet le plus proche : non seulement les faubourgs et les quartiers sud, mais même le centre-ville a été touché par la crue ou avec l'ensemble des sujets : non seulement les quartiers sud, mais même la ville basse ont été touchés par la crue. ● non (homonymes) adverbe de négation (latin non, non, ne… pas, en position accentuée) nom nom masculinnon (homonymes) nom masculin invariable nom nom masculin

non
adv. et n. m. inv.
rI./r adv. de négation.
d1./d (Par oppos. à oui.) Refus, réponse négative. Viendrez-vous?
Non. Est-il venu?
Non.
|| Il dit que oui, moi non. Il a déclaré que non.
|| En début de phrase, pour insister. Non, je ne viendrai pas.
|| Fam. (Exclamatif) Marquant la protestation, l'indignation. Non, par exemple!
(Interrogatif) Marquant le doute, l'étonnement. Non, pas possible?
d2./d Accompagné d'un autre adv. et en double négation. Je partis, non sans avoir remercié.
d3./d Loc. adv. Non plus (pour aussi, dans les phrases négatives). Vous n'en voulez pas? Moi non plus.
|| Non seulement... mais ou mais encore. Il fut battu non seulement sur mer, mais encore (ou mais aussi) sur terre.
rII./r n. m. inv. Un non, des non. Un non très sec.
rIII/r (En composition.) Devant un nom, un adjectif ou un verbe pour donner au mot un sens négatif. (Rem.: Les mots composés s'écrivent avec un trait d'union mais en fonction d'adjectif ils n'en prennent pas.) Non-activité. Non recevable.

⇒NON, adv.
I. —[Comme équivalent d'une phrase négative]
A. —[Récuse un énoncé positif ou refuse l'état des choses en situation discursive]
1. [En réponse à une affirmation, un ordre ou une question positifs]
a) [Non est utilisé seul]:
1. ROGER: (...) Ah! Suzanne... reste encore... ma chère Suzanne... Il la retient. SUZANNE, voulant se dégager. Non... non... je vous en prie...
PAILLERON, Monde où l'on s'ennuie, 1869, III, 7, p.169.
[Fréq. accompagné d'un énoncé précisant le contenu ou la portée de la négation] De temps en temps elle me demandait: «Est-ce que je suis grise? —Non, pas encore». Et elle buvait de nouveau (MAUPASS., Contes et nouv., t.1, Cri d'al., 1886, p.1061):
2. —On sait tellement bien ce que vous allez faire. —Non, dit Anne, je ne vais pas vous embrasser si vous ne voulez pas.
B. VIAN, L'Automne à Pékin, Paris, éd. de Minuit, 1964 [1956], p.85.
[Non est suivi d'un énoncé alternatif que le locuteur substitue à celui qu'il nie] Ta femme t'a lâché? —Non, elle est morte (R. BAZIN, Blé, 1907, p.325). —C'est les boches qui attaquent... C'est un barrage... —Non, c'est pour faire sauter leurs mitrailleuses (DORGELÈS, Croix de bois, 1919, p.44). —Tu pourrais sortir pendant que je fais le ménage, proposa-t-elle. —Oh non, je vais t'aider, tu n'y arriverais pas toute seule (TRIOLET, Prem. accroc, 1945, p.164).
Non... mais... —Cette fille... pourquoi diable s'est-elle sauvée si vite? On aurait dit que je lui avais fait peur! (...) —Ah? Yamina?... Non, elle n'a pas eu peur. Mais, tu sais, quand un étranger vient à la maison, les femmes, elles ne peuvent rester (Cl. OLLIER, La Mise en scène, Paris, Flammarion, 1982 [1958], pp.144-145):
3. —Mais pourquoi riez-vous? Qu'est-ce qui vous amuse tant? Vous trouvez ce que je dis idiot? —Oh, non, ce n'est pas ça... Mais vous êtes impayable (...) Oh, c'est trop bon...
N. SARRAUTE, Les Fruits d'or, Paris, Gallimard, 1969 [1963], p.93.
Ça non, pour cela non. [Ça, pour cela référant à ce qui a été dit précédemment] Sa femme l'interrompit: il allait effrayer Blanche, lui monter la tête... —Ah! pour cela non, rassurez-vous: il ne ruine pas ses neveux; il paraît que la pauvre petite ne fait pas gras tous les jours... (MAURIAC, Myst. Frontenac, 1933, p.42). Sous prétexte qu'il a été un foutriquet de petit capitaine de cavalerie, avec ses bottes payées par papa, avec sa croix de guerre payée par papa, comme le reste... —Ah ça non. Je ne permettrai pas! s'écria François. Ma blessure aussi tu l'as payée, peut-être? (DRUON, Gdes fam., t.2, 1948, p.37).
[Sous forme de réponse interrogative, manifestant une mise en doute étonnée]:
4. Mme PETYPON: (...) Et depuis, tous les soirs, la sainte réapparaît.C'est un fait, ça!... Il n'y a pas à dire que cela n'est pas!... Et la preuve, c'est que je l'ai vue! MONGICOURT, bien appuyé. —Vous? Mme PETYPON: —Moi!... Elle m'a parlé! MONGICOURT: —Non?
FEYDEAU, Dame Maxim's, 1914, I, 7, p.12.
Rare. Pourquoi non? [Au lieu de, usuel, pourquoi pas?] Antoine: Ça vous irait-il? Carlos: Pourquoi non?... Secrétaire est une situation honorable (BOURDET, Sexe faible, 1931, III, p.421).
b) [Non se trouve renforcé]
Mais non [Mais renforçant la dénégation, participant à la dénégation] —Alors, tu le défends? Et cette sale gamine qui riait de se sentir tripotée, tu la défends? —Mais non, j'essaie de comprendre (AYMÉ, Jument, 1933, p.111). Si tu sais quelque chose... Rico! —Mais non, enfant, je ne sais rien... Je devine, et peut-être que je me trompe, je te dis (ARAGON, Beaux quart., 1936, p.288). Ah! Si vous aviez voulu! Mais non: vous aussi, vous êtes comme les autres (MONTHERL., Malatesta, 1946, II, 4, p.471).
Non et non, non, mille (cent, dix...) fois non. Supportez-vous qu'une bonne de ce genre lève un rideau pour regarder quand vous embrassez votre femme? Supportez-vous de la trouver au bal masqué à la place de votre bien-aimée? Non, cent mille fois non, évidemment! (JOUVE, Scène capit., 1935, p.51). —Vous me faites tous ch..., à la fin! Non, et non! Je ne marche pas! (VAN DER MEERSCH, Invas. 14, 1935, p.179).
Non pas. —Du roi viens voir la personne. —Non, répondait-il, non pas. Ôtera-t-il sa couronne Quand je mettrai chapeau bas? (BÉRANGER, Chans., t.3, 1829, p.202). Si je parviens seulement à la voir, je suis heureux... Non pas, se dit-il; il faut aussi qu'elle voie que je la vois (STENDHAL, Chartreuse, 1839, p.300). —T'es donc tout seul? —Non pas: Berlaisier doit en être (GENEVOIX, Raboliot, 1925, p.238). —C'est Boivert qui vous en a parlé? —Non pas!... C'est un bruit qui court en ville (SIMENON, Vac. Maigret, 1948, p.138).
Non point (rare, vieilli). —Edward, dit lady Glenarvan, vous êtes le meilleur des hommes. —Non point, mais j'ai le meilleur des équipages sur le meilleur des navires (VERNE, Enf. cap. Grant, t.1, 1868, p.47). Une théorie, un système, une hypothèse, l'évolution?... Non point: mais, bien plus que cela, une condition générale à laquelle doivent se plier et satisfaire désormais, pour être pensables et vrais, toutes les théories, toutes les hypothèses, tous les systèmes (TEILHARD DE CH., Phénom. hum., 1955, p.242).
♦[Avec que exclamatif] Que non! Que non pas! —Ça sent bon le frichti! Vous n'êtes pas fatigué de cuisiner tout le temps? —Que non pas! C'est de la ragougnasse que je fais au restaurant. Entrez. Vous allez voir ce que c'est, de la cuisine (DABIT, Hôtel Nord, 1929, p.146). Est-ce là Cécile, toute Cécile? Oh! Que non pas! Ce que je ne saurais peindre, c'est la fierté de cette petite fille, son port de Diane (DUHAMEL, Jard. bêtes sauv., 1934, p.22). «Ma soeur, dites-moi, pouvez-vous résister à la grâce?» «Oh! Que non! me répondit-elle. Pauvre que je suis, moi, résister à la grâce, imaginez-vous cela!» (MONTHERL., Port-Royal, 1954, p.990).
Non da! (vieilli, littér.). Demain [dit l'escamoteur], le Parlement vous jugera à la hart (...) —Non da! s'écria Eustache; et je veux, dès demain, dire à messieurs tout le mystère. —(...) seulement vous serez brûlé vif pour avoir usé de magie (NERVAL, Nouv. et fantais., 1855, p.230).
Ma foi non (v. foi A 1).
c) Oui et non. [Marque l'hésitation sur la réponse, la volonté de faire apparaître le pour et le contre; peut être, sans plus, le signe d'une dérobade] On demande souvent si le même homme peut être à la fois grand coloriste et grand dessinateur. Oui et non; car il y a différentes sortes de dessins (BAUDEL., Salon, 1846, p.109). Elle ajouta d'une voix plus basse: —Nous aurons à aller assez loin. —C'est une expédition? —Oui et non. En tout cas, j'espère, une surprise (GRACQ, Syrtes, 1951, p.119):
5. JEAN: —Ah! vous êtes fatiguée en ce moment, madame?... ELLE: —Mais oui... ça vous surprend? JEAN: —Oui et non... c'est-à-dire que... il m'est arrivé de passer des nuits blanches... et j'ai eu chaque fois l'impression que la fatigue se fatiguait d'attendre et qu'elle s'en allait vers trois heures ou quatre heures du matin... pour ne reparaître que plus tard!
GUITRY, Veilleur, 1911, I, p.5.
2. [Exprimant une réaction de rejet face à une situation jugée invraisemblable, totalement inattendue, ou bien inacceptable, voire scandaleuse] Synon. ce n'est pas possible. —Ah! ah! ah! ah!... Ah! non c'est trop drôle! Ah! ah! ah! ah!... Ah! ah! ah! ah! (Dans l'épuisement du rire). Ah!... m...!... (FEYDEAU, Dame Maxim's, 1914, II, 8, p.48). Les femmes, jalouses, lui faisaient des yeux mauvais et ricanaient méchamment, se disaient de l'une à l'autre: —Elle est encore une fois fichue comme l'as de pique! Non, quelle dégaine! Un vrai carnaval (VAN DER MEERSCH, Invas. 14, 1935, p.85). Il ne veut pas t'épouser? Non, tout de même! Ce serait trop drôle (MAURIAC, Mal Aimés, 1945, I, 3, p.166):
6. ... Non, il faut l'avoir entendu... Il faut... mais vous êtes impayable... Je ne céderais pas ma place... Alors, non, sérieusement, alors vous trouvez que c'est mauvais, Les Fruits d'or? ha, ha...
N. SARRAUTE, Les Fruits d'or, Paris, Gallimard, 1969 [1963], p.93.
Non vraiment (avec une pause, matérialisée parfois à l'écrit par une virgule). —Non, vraiment, il est trop bête!... murmurai-je, tout bas, dépitée et furieuse (MIRBEAU, Journal femme ch., 1900, p.108). Mes plaies se sont fermées très vite! Quand je pense à la blessure de Philippe, mon garçon, qui a suppuré pendant trois mois et qu'il a fallu opérer plusieurs fois! Non, vraiment, j'ai eu de la chance (DUHAMEL, Suzanne, 1941, p.123).
Fam. Non vrai (avec une pause, matérialisée parfois à l'écrit par une virgule). Ne bouge plus... C'est frappant comme ça... Parole d'honneur! Je crois revoir mon Empereur (...) Non, vrai, Jérôme, pas de blague, tu as l'air du trente-quatrième fils naturel du grand homme (REYBAUD, J. Paturot, 1842, p.166). La forme des instruments... Non vrai, je tremble en pensant qu'il pouvait me le demander! (COLETTE, Cl. école, 1900, p.231).
Non mais. [Marquant de manière renforcée le refus, exprimant l'indignation, l'incrédulité] Petypon, indigné: —Mais je ne vous connais pas!... Mais en voilà une idée!... Pourquoi êtes-vous dans mon lit?... La Môme: —Comment, pourquoi que j'y suis?... Non mais, t'en as une santé! (FEYDEAU, Dame Maxim's, 1914, I, 4, p.8). [Bibiche] entra, timide. Son mari était là, qui tournait le dos, pérorant. Il tourna la tête, et il resta hébété, balbutiant: —C'est-il que j'rêve?... Non mais... sans blague? (BENJAMIN, Gaspard, 1915, p.148). —Toi, à quarante-huit ans, tu vas aller avec une fille de vingt-deux ans! Non mais, tu es fou! (H. JELINEK, La Marche du fou, Paris, Gallimard, 1974 [1967], p.161).
[Dans un récit, écartant une éventualité qui ne s'est pas réalisée] Ce coup là, non, il était parti pour de bon (A. STIL, Qui?, Paris, Gallimard, 1980 [1969], p.82).
3. [..., non? comme élém. d'interr. rhétorique]
a) [Après une question positive obligeant à une réponse positive; commute avec n'est-ce pas?] Philippe (...): Tu as la voiture? Cristina: Oui. Philippe: Alors autant en profiter, non? (BOURDET, Sexe faible, 1931, III, p.468). Et puis, tout d'un coup, elle voit le visage de Mathieu, son air naïf et convaincu, quand il avait dit: «On le fait passer, non?» (SARTRE, L'Âge de raison, Paris, Gallimard, 1981 [1945], p.464). —Eh, vous! Le grand fusil, en tête!... On vous a dit de cavaler, non? (Y. GIBEAU, Allons z'enfants, Paris, Gallimard, 1961 [1952], p.60). —C'était pour son bien, dit Marlone. On peut se marrer un peu, non? (Cl. ROY, Le Soleil sur la terre, Paris, Gallimard, 1968, p.223).
b) [Après une question négative invitant à confirmer la négation, tout en suggérant que le contraire est bien possible; ne commute pas avec n'est-ce pas] —Ballot! s'écrie le choeur. À la portée de la main des soldats qui passent! T'es pas dingue, non? (BARBUSSE, Feu, 1916, p.15). La nuit, on lui refuse un lit: «Quoi! Vous n'êtes pas venu de si loin pour dormir, non?» (MICHAUX, Plume, 1930, p.143). —Tu ne pouvais pas lui foutre un bon coup de poing dans les dents, non? (AYMÉ, Jument, 1933, p.78):
7. Le type le regarde, stupide d'indignation: «Vous n'allez tout de même pas vous raser, non?» «Pourquoi pas?» demande Brunet. Le type est rouge de colère: «Je vous dis qu'ils me fusilleront, s'ils vous trouvent ici».
SARTRE, Mort ds âme, 1949, p.198.
4. [... ou non comme alternative à une prop. positive] Mais, que ces explications soient ou non satisfaisantes, il est incontestable qu'elles ne préjugent rien (COURNOT, Fond. connaiss., 1851, p.179). Le troisième a dit: —Savoir s'ils étaient déjà montés, ou non... (RAMUZ, Derborence, 1934, p.41). Que nous le voulions ou non, un monde de survivants est un monde de prudents et d'habiles (MAURIAC, Bâillon dén., 1945, p.392).
[..., oui ou non? exprimant la mise au défi de répondre autrement que par l'affirmative] Jeanne: Et voilà où tu m'amènes, misérable! Paul: Veux-tu être préfète, oui ou non? (PAILLERON, Monde où l'on s'ennuie, 1869, I, 2, p.8). —Une! Deusse! Troisse! Voulez-vous vous barrer, oui ou non? (COURTELINE, Train 8 h 47, 1888, 2e part., 8, p.185). —Quoi! Quoi! Qu'est-ce que c'est? Y a-t-il eu délit, oui ou non? Le braconnage est-il un délit, oui ou non? (GENEVOIX, Raboliot, 1925, p.45).
5. [Emplois indir. (du type dire «non»)]
a) Dire (penser, faire signe, etc.) que non. —Tu te marieras! s'écria le vieux rebbe en nasillant d'un air ironique, tu te marieras! —Je parierais que non (ERCKM.-CHATR., Ami Fritz, 1864, p.36).
♦[Avec effacement du verbe de déclaration ou d'opinion] Il lui demande aussi si ça faisait longtemps qu'elle était dans la maison, non, du jour même (QUENEAU, Loin Rueil, 1944, p.10).
♦[Un signe négatif de la part de l'interlocuteur est explicité par le locuteur] —Voyons!... C'est sérieux?... Vous ne comprenez pas? Non, vrai?... (BERNSTEIN, Secret, 1913, II, 10, p.25). Le plat circula. Le curé, se tournant à demi, le tendit à Jeanne. —Comment? Non?... À ton âge! Tu vas manger de cette tarte. —Je n'ai pas faim. —Je veux que tu en manges! —Je n'en mangerai pas! —Tu en mangeras (VAILLAND, Drôle de jeu, 1945, p.149):
8. Donnez moi ça, je vais vous débarrasser, il fait si chaud, non, un peu froid? Mais vous allez voir, tenez, ici, près du feu, mettez-vous là, non, là, vous serez mieux.
N. SARRAUTE, Les Fruits d'or, Paris, Gallimard, 1969 [1963], p.23.
b) Dire non. Refuser, ne pas être d'accord. Eh bien, c'est ça leur organisation. «Voulez-vous d'une vie propre? Comme tout le monde?» Vous dites oui, naturellement. Comment dire non? (CAMUS, Chute, 1956, p.1477).
Faire «non», dire «non». Monsieur: Alors... Il la regarde longuement, puis il fait «non» avec la tête. Elle: — Non? Monsieur: —Non! Elle: —Je n'insiste pas (GUITRY, Veilleur, 1911, II, p.15). Tous ces magots qui remuent la tête de droite à gauche, de gauche à droite, et disent «non» (COCTEAU, Appogiatures, 1953, p.98).
Ne répondre ni oui ni non. Quant à votre invitation si cordiale, je ne vous réponds ni oui ni non, en vrai normand (FLAUB., Corresp., 1863, p.74).
Ne pas dire non. Ne pas dire le contraire, ne pas refuser. Un p'tit verre? Je ne dis pas non! —J'ai compté autour de cette table seize personnes accoudées. —J'ai connu mieux, Josille. —Je ne dis pas non, monsieur le curé (PESQUIDOUX, Livre raison, 1932, p.12). Remarque que ce M. Claudel est un génie, je ne dis pas non (BERNANOS, Journal curé camp., 1936, p.1188). La police, remarque, il en faut... Je ne dis pas non, j'ai vu trop de choses... (ARAGON, Beaux quart., 1936, p.358).
6. En emploi subst.
a) [Désignant l'acte de dire non] —Comment, vous ne savez pas? —Non. —Pas la plus petite idée? —Non. (Le «non» était plus faible) (ROMAINS, Hommes bonne vol., 1932, p.91):
9. CORTE: Qui vous parle de prorogation? Téléphonez, non télégraphiez. Ça fait plus d'effet. SPANNA: Un non sec? CORTE: Un oui sec. Un oui sans réserves. Ajoutez que je forme des voeux pour la réussite de notre entreprise.
CAMUS, Cas intéress., 1955, 1er tabl., p.612.
b) Réponse négative, refus. Un non définitif. [Lucien] ne sut pas répondre nettement à ce mot que Louise accompagna d'un soupir d'hésitation: êtes-vous heureux? Un non mélancolique eût fait sa fortune (BALZAC, Illus. perdues, 1843, p.460). Ce qu'elle voulait aujourd'hui de Costals, c'était un oui ou un non. S'il continuait d'atermoyer, ce serait elle qui dirait non (MONTHERL., Lépreuses, 1939, p.1382).
Pour un oui, pour un non. À n'importe quel propos. Son portrait dédicacé tenait le milieu de la vitrine, on l'invoquait comme le bon Dieu, dès la moindre contestation, pour un oui, pour un non! (CÉLINE, Mort à crédit, 1936, p.406).
B. —[Signifie l'acceptation d'un énoncé négatif; s'oppose à si exprimant le rejet]
1. [En réponse à une question négative] La Duchesse: Oui, dans le coin, là, sous le livre noir! Tu ne vois rien? Roger: Non... Ah! si!... Un papier rose! (PAILLERON, Monde où l'on s'ennuie, 1869, I, 15, p.66). Il aurait fini par te battre... Il ne t'a pas battue, au moins? —Oh! non dit-elle entre deux sanglots (BERNANOS, Soleil Satan, 1926, p.79). —Tu n'as donc pas reçu ma lettre? —Mais non, et tu vas bien rire. Déodat l'a égarée, figure-toi que la lettre est tombée de son sac (AYMÉ, Jument, 1933, p.135). Tu n'as pas gardé ta voiture? Joseph eut un geste vague. —Ma voiture? Quelle voiture? Non, je suis venu en métro (DUHAMEL, Combat ombres, 1939, p.27):
10. —Tu ne peux pas venir? Ce n'est pas Rochelle qui te retient tout de même? —Sûr que non, dit Angel.
B. VIAN, L'Automne à Pékin, Paris, éd. de Minuit, 1964 [1956], p.47.
[En réponse à une succession de questions positives et négatives, d'où un quiproquo possible]:
11. LÉO: Et ce numéro trois? C'est un mythe? Je veux dire, il n'existe pas? MADELEINE: Non. LÉO: Il existe? MADELEINE: Non, Madame. Il n'existe pas.
COCTEAU, Parents, 1938, II, 12, p.264.
2. [En réponse à une assertion ou une injonction négatives]
[En réponse à une assertion négative] —Et nous nous aimerons à travers elle, et cela nous suffira bien, car nous ne serons ainsi ni méchants, ni jaloux... Ils s'embrassèrent, comme de petits enfants. —Non jamais (MIOMANDRE, Écrit sur eau, 1908, p.270). Marianne: (...) Elisabeth touche à la trentaine sans en avoir l'air. Rose: Pour cela non, elle n'en a pas l'air... J'ignore si c'est son regard ou son sourire qui lui donnent cette expression enfantine (MAURIAC, Mal Aimés, 1945, I, 1, p.157).
[En réponse à une injonction négative] N'y va pas! —Non, c'est promis:
12. —Vous n'êtes pas en désaccord, au moins? dit-il. —Mais non, voyons, quelle question! —Parce que tu sais ce que je t'ai dit; le divorce, ce n'est pas une chose pour votre famille. —Mais non, ne t'en fais pas. —Tu n'es quand même pas mal avec lui? —Mais non, ça va, tout va.
H. JELINEK, op.cit., pp.289-290.
Rem. Dans les cas énumérés sous 2, oui serait également possible. Il porterait non pas sur le dit, mais sur le dire: Le divorce, ce n'est pas une chose pour votre famille —Oui, ne t'en fais pas («oui, tu as raison de dire que...»).
C. —[Annonce un énoncé négatif] Non décidément, le vieil homme n'était pas mort en lui! (ROLLAND, J.-Chr., Nouv. journée, 1912, p.1583). Non, je n'éprouvai, pendant ta confession, aucune jalousie. Comment te faire comprendre ce qu'elle détruisait en moi? (MAURIAC, Noeud vip., 1932, p.25). Non, rien ne se passait comme elle l'avait cru. Quand Marcel avait voulu l'emmener avec lui dans sa tournée, elle avait protesté (CAMUS, Exil. et Roy., 1957, p.1559).
II. —[Porte sur un constituant de la phrase]
A. —[Dans le cadre d'une oppos. antithétique, écarte un terme au profit d'un autre]
1. Non, non pas
a) [Auprès d'un suj. auquel est refusée l'attribution du prédicat]
Non. Il a fini, moi non. Cet homme m'a dit tout à l'heure qu'il ferait ce qu'il voudrait, et non moi (MONTHERL., Bestiaires, 1926, p.554).
Non pas. Non, c'est vous qui faites tout cela, et non pas moi! (DUMAS père, Monte-Cristo, t.2, 1846, p.93):
13. Cette vaste étendue en pente, à ses yeux, existait réellement; mais le reste, non pas, qui n'offrait au regard que de chimériques barrières...
BOSCO, Mas Théot., 1945, p.54.
b) [Auprès d'autres fonctions syntaxiques; le second terme est coordonné par mais]
[Non, non pas portent sur le premier terme]
Non. C'était comme une fin du monde, non triste, mais solennelle (MICHELET, Journal, 1858, p.423).
Non pas. Oh! Nous avons un jardin, dirent-elles, avec non pas de l'orgueil, mais enfin un peu de joie d'avoir quelque objet de luxe à montrer (STENDHAL, Souv. égotisme, 1832, p.81). Mme Rezeau fit ingurgiter à Frédie, non pas une, mais deux cuillères d'huile de ricin (H. BAZIN, Vipère, 1948, p.54):
14. La déviation en direction de Heidelberg est proche. Non pas bientôt, mais tout de suite elle [la motocycliste] va obliquer à droite, prendre la route banale, traverser un faubourg et la place Bismarck.
P. DE MANDIARGUE, La Motocyclette, Paris, Gallimard, 1980 [1963], p.208.
[Non, non pas portent sur le second terme, qui peut être coordonné par mais, et]
Non. Vous n'êtes pas encore don Juan, Sténio! Vous êtes une nature faible et non perverse (SAND, Lélia, 1839, p.524). Est-ce là que les Chrétiens allaient? Ce sont de vieilles tombes syriennes, non romaines (BARRÈS, Cahiers, t.11, 1914, p.42). Une époque qui sait faire des oeuvres énormes, mais non grandes (VALÉRY, Variété IV, 1938, p.155).
Non pas. On veut vous éclairer, et non pas vous détruire (LAYA, Ami loix, 1793, I, 1, p.8). Il chante pour lui seul, et non pas pour ses semblables (LAUTRÉAM., Chants Maldoror, 1869, p.257). Son sang coulait sans turbulence, mais non pas sans chaleur, ainsi qu'en eussent pu témoigner plusieurs aristocratiques beautés (GIDE, Caves, 1914, p.689).
c) [Les termes antithétiques sont des prop.]
Non que/non pas que... (mais)
Non que. Tout à coup elle s'aperçut que Walstein l'avait menée dans une des allées latérales de la promenade les plus écartées et les plus sombres; non que le petit homme rêvât la moindre audace, mais il n'était pas fâché qu'on l'en crût capable (KARR, Sous tilleuls, 1832, p.215). Rémi était un peu maussade de voir un étranger ainsi installé sur le canapé de ses amies. Non que le petit vieillard lui déplût. Bien au contraire! (A. FRANCE, Chat maigre, 1879, p.232):
15. Imaginez-le se jetant, dès sa vingtième année, dans l'agitation révolutionnaire; non qu'il en espère rien (il est à jamais désespéré) mais il ne prend conscience de soi-même que dans cette insurrection de tout son être.
MAURIAC, Journal 2, 1937, p.146.
Non pas que. Il s'arrêta; non pas qu'il fût à bout d'arguments, car il les choisissait au hasard dans un arsenal inépuisable, mais comme s'il eût été calmé subitement par un retour instantané sur lui-même (FROMENTIN, Dominique, 1863, p.230). Non pas que votre demande me choque en rien. Mais vraiment. Nous n'avons encore jamais songé, ma femme ni moi, au mariage de Juliette (MIOMANDRE, Écrit sur eau, 1908, p.278).
Non pas que + ne. Non pas que par lui-même il ne fût beau, mais c'est nous autres qui n'étions pas dans toutes les conditions voulues pour en goûter la beauté (FLAUB., Corresp., 1845, p.179).
Non parce que... mais parce que.
16. Mais il ne pouvait le lui dire; non parce qu'Anne était jalouse ou foncièrement vertueuse et intraitable sur ce sujet, mais parce qu'elle avait dû accepter de vivre avec lui...
SAGAN, Bonjour tristesse, 1954, p.164.
[Dans des tours marquant la gradation]
Non seulement... mais (mais encore, mais aussi, mais même). [Marque une gradation positive] V. mais, seulement.
Non content de... Non contents d'être en paix avec eux, nous avions été sur le point de faire la guerre pour eux (MAURRAS, Kiel et Tanger, 1914, p.118).
2. Non plus. [Marque la cessation d'une modalité du procès p. oppos. à une modalité actuelle]
[porte sur un 1er terme opposé à un second, coordonné par mais] Tout à coup, dans un éclair de génie, j'eus l'idée de représenter les bras et les jambes, non plus par un seul trait, mais au moyen de deux lignes parallèles (A. FRANCE, Pt Pierre, 1918, p.36).
[porte sur un 2e terme, coordonné par et, mais] En un mot, il me faut m'embarquer dans de longs travaux, dans des travaux où ce soit le fond et non plus le scintillement de ma pensée (...) qui intervienne (DU BOS, Journal, 1925, p.239).
[porte sur un compl., opposé directement au verbe] De sorte que je m'entendis rire, et aussi Despérados, mais non plus de notre affreux rire du matin (VERCORS, Silence mer, 1942, p.20).
B. —[Dans le cadre de tours compar.]
1. Non plus. [Par servitude gramm., dans une prop. négative, comme équivalent de aussi en phrase positive] Vous qui languissez dans les fers où ils vous ont plongés, vous ne viendrez point avec nous: vous ne viendrez pas non plus, citoyens infortunés et vertueux, qui dans tant de provinces avez succombé sous les coups du fanatisme (ROBESP., Discours, Guerre, t.8, 1792, p.107). Je n'y étais pas, toi non plus... (RAMUZ, Gde peur mont., 1926, p.36). On ne trouvait pas beaucoup de vieux dans cette foule. Peu de couples non plus (CÉLINE, Voyage, 1932, p.244).
Rare. [Après une première prop. ne comportant pas de négation, mais sémantiquement équivalente de la prop. négative qui comporte non plus] Avec la traite on multipliera tant qu'on voudra les cultivateurs. Les blancs ne manqueront pas non plus, si l'on a l'art de leur plaire (BAUDRY DES LOZ., Voy. Louisiane, 1802, p.148). Ses lèvres sérieuses et d'un dessin serré, l'ovale parfait de sa figure différaient essentiellement du nez africain (...). La coloration, non plus, n'était pas la même (GAUTIER, Rom. momie, 1858, p.243).
♦[Sans négation dans la phrase qui comporte non plus, mais dans la dépendance d'un verbe à contenu négatif] «Je ne puis [disait le Lord Chancelier], dans ces conditions, me trouver autorisé à lui confier des enfants». Cependant le Lord Chancelier se garda bien de les confier non plus aux détestables Westbrook (MAUROIS, Ariel, 1923, p.234 cité ds GREV. 1980, § 274).
Non plus que (vieilli, usuel pas plus que). [Équivalent en phrase négative, de aussi peu que] La vieille, sourde elle-même, ne lui adressait jamais la parole, non plus qu'à quiconque (GIDE, Symph. pastor., 1919, p.879). Non plus que Viollet-Le-Duc ne répare les crimes commis par les révolutions en remettant des têtes aux statues de nos saints, l'artiste ne galvanise des idéologies périmées (BLANCHE, Modèles, 1928, p.63).
2. Non moins que. [Équivalent de aussi] Non moins caractéristiques sont les applications auxquelles se sont prêtés les longs tuyaux de graminées arborescentes (VIDAL DE LA BL., Princ. géogr. hum., 1921, p.124).
[Équivalent de autant (que)] Il en est ainsi en raison de l'infrastructure des transports, et, non moins, par l'effet de l'imperfection des marchés (PERROUX, Écon. XXe s., 1964, p.218):
17. Cependant le soleil en déclinant peu à peu inonda directement la salle de ses rayons presque horizontaux, couronna les cheveux blonds de Heide d'un nimbe doré, et lui prêta l'espace d'une seconde la toute-puissante importance que communique le contre-jour aux personnages d'une scène animée non moins qu'à ceux des gravures de Rembrandt...
GRACQ, Argol, 1938, p.61.
3. Vx ou région. [Après que compar.] Françoise me dit: «Il aurait mieux valu me la laisser ôter plutôt que non pas la gâter ainsi» (PROUST, Sodome, 1922, p.729). Mme Domaize, qui disait: «Mieux vaut être ladre que non pas pauvre» (POURRAT, Gaspard, 1925, p.183). Que je te trouve un jour seule au bois, ma bichette, et tu seras peut-être moins faraude que non pas sur la grand'route! (MARTIN DU G., Vieille Fr., 1933, p.1056).
C. —[Non + morphème de quantité ou de négation]
1. Non sans, non pas sans
Non sans
Non sans + subst. (= avec). Je songeais, non sans ironie, à mes terreurs (MAUPASS., Contes et nouv., t.2, Horla, 1886, p.1105). Un jeune homme (...) aussi pâle qu'il est possible de l'être pour un être encore vivant, (...) portait deux minables petites valises, non sans mal, parce que l'une avait la poignée arrachée d'un côté (TRIOLET, Prem. accroc, 1945, p.237).
Non sans + inf. (= en + gérondif). Elle commença son ascension, non sans faire une pause à chaque étage (SUE, Atar-Gull, 1831, p.34).
Non sans que + subj.:
18. Mais ils se faufilèrent, disparurent avec une brusquerie pas humaine, noirs, silencieux et agiles comme des singes des bois. Non sans qu'il leur eût glissé un douro, —le douro qu'il avait toujours sur la conscience de n'avoir pas donné à Jésus.
MONTHERL., Bestiaires, 1926, p.457.
Non pas sans. [Thétis] se tenant aux cornes du taureau divin, naviguait au sein des ondes écumantes, non pas sans crainte, quoique sous les auspices de l'amour, qui lui servait de pilote (DUPUIS, Orig. cultes, 1796, p.154). La bicoque de torchis, qu'elle retrouve pourtant chaque soir avec une résignation semblable à celle d'une bête harassée, non pas sans un secret plaisir (BERNANOS, Mouchette, 1937, p.1338).
2. [Dans des tours où non signifie que la quantité est trop faible pour provoquer une conséquence]
Non (pas) assez... pour. Devenues folles d'indignation, mais, non assez, pour ne pas se rappeler la cause qui engendra cette maladie dans leur cerveau... (LAUTRÉAM., Chants Maldoror, 1869, p.245). C'est-à-dire des cheveux un peu longs, quoique non pas assez pour être ceux d'un mauvais peintre (MONTHERL., Lépreuses, 1939, p.1452).
Non pas tant... que + subj. Foulques, qui ne s'attendait pas à cela, demeura stupide; mais non pas tant qu'il n'accueillît galamment la proposition de sa femme (BOYLESVE, Leçon d'amour, 1902, p.246).
D. —[Non + adj. en fonction d'épithète]
1. [Non + adj. participial ou verbal] Un résultat non négligeable, une colère non feinte, un pari non encore gagné.
2. [Non + adj. qualificatif] Un produit non dangereux, un relevé non exhaustif, une plante non fibreuse. [Ils] ont rendu sur ce point un hommage non suspect à la conduite des papes (LAMENNAIS, Religion, 1826, p.41). [La femme telle que l'aime Gautier] est chaste, non excitante, pour ainsi dire insexuelle (GONCOURT, Journal, 1864, p.56). Je veux dire qu'à Boulanger, non vainqueur en dépit de ses excellentes performances, succédera Boulanger II (BARRÈS, Jard. Bérén., 1891, p.13). [Certains] prétendent alors interdire aux consciences l'emploi de tout moyen non mauvais en lui-même auquel les hommes ont fait un contexte impur (MARITAIN, Human. intégr., 1936, p.265). À propos, parle-moi donc moins brièvement de cette demoiselle bobineuse (...) qui me semble tenir dans tes pensées une place non petite (DUHAMEL, Maîtres, 1937, p.29).
Rem. 1. Non + adj. en fonction d'attribut est tout à fait rare. Cf. cependant: Ainsi, si la matière avait pu être non résistante, nous n'aurions certainement jamais rien connu que nous (DESTUTT DE TR., Idéol. 1, 1801, p.148). 2. Pour l'emploi pop. ou fam. de pas dans ce type de constr.: une nouvelle pas triste, une poire pas mûre, des dépenses pas contrôlables, etc., v. pas.
E.Non loin de, loc. adv. ou prép. À proximité de (peut-être préféré à près de parce que ce dernier marque la contiguïté autant que la proximité). Non loin de lui, sur une pierre, et ombragée par des palmiers de Judée, une femme était assise. C'était Ann! (BAUDEL., Paradis artif., 1860, p.433). Ainsi que le minerai, la houille fut récoltée, sans peine et non loin, à la surface du sol (VERNE, Île myst., 1874, p.140). Les voilà qui viennent chez nous, s'écria Marthe. Les cinq hommes se trouvaient maintenant non loin de Théotime (BOSCO, Mas Théot., 1945, p.194).
F.Rare. [Associé à un adv. de temps (au lieu de pas) ou accompagnant un compl. circ. ou un adv. de manière]
1. [Associé à un adv. de temps] Un mot, si peu qu'il signifie, n'en a pas moins son quant-à-soi; c'est quelquefois même une pensée, non pas toujours, entendons-nous, nos écrivains se fâcheraient (MUSSET, Lettres Dupuis Cotonet, 1836, p.597). Tu crois souvent être seul à penser comme tu penses; il y en a d'autres, je te l'affirme, qui se posent des questions (non souvent je le veux bien...) (GIDE, Corresp. [avec Valéry], 1899, p.358). Un coup que tes enfants seront à l'assistance... Non encore? C'est pourtant ce qui les attend (GENEVOIX, Raboliot, 1925, p.235).
2. [Devant un compl. circ. ou un adv. de manière] Mais il y a entre les tempéraments de nos deux âmes des différences et même des contrariétés qui produisent ce dont vous vous plaignez, non à tort (TOCQUEVILLE, Corresp. [avec Gobineau], 1858, p.296). Car il est vrai que notre existence est liée aux phénomènes célestes, toutefois non pas également à tous et non pas comme ils croient (ALAIN, Propos, 1922, p.409).
Prononc. et Orth.:[]. Homon. nom. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. Négation forte, employée comme négation totale de ce qui n'est pas pleinement le prédicat de la phrase. I. A. Négation de ce qui, dans la phrase, n'est pas le verbe à un mode personnel 1. négation d'un terme dans un groupe antithétique de deux termes 2e moitié Xe s. (St Léger, éd. J. Linskill, 97: Enviz lo fist, non voluntiers; 102: Cil Ewruins molt li vol miel [a Sanct Lethgier], Toth per enveia, non per el); 1174-76 (GUERNES DE PONT-STE-MAXENCE, St Thomas, éd. E. Walberg, 2918: Fil d'iglise te dei, nun evesque, apeler); 1174-87 (CHRÉTIEN DE TROYES, Perceval, éd. F. Lecoy, 7317: Bien en i a jusqu'a .V.C., les uns barbez, les autres non); 1228 (JEAN RENART, Guillaume de Dole, éd. F. Lecoy, 1415: Voire, fet il, ce n'est pas doute Non d'une chose, mes de toute); a) non mie 1176-81 (CHRÉTIEN DE TROYES, Chevalier au lion, éd. M. Roques, 6118); ca 1228 (GERBERT DE MONTREUIL, Violette, éd. D. Labaree Buffum, 455); b) 1188 non pas (AIMON DE VARENNES, Florimont, éd. A. Hilka, 6186); ca 1270 (Richard le Beau, éd. W. Foerster, 4466), v. aussi plus, moins; 2. équivalent d'un préf. négatif devant des termes autres que le verbe à un mode pers. (subst., inf., part., adj.), entre autres: nunpöant (1121-34 PHILIPPE DE THAON, Bestiaire, 2613 ds T.-L.), nonsavant (ca 1130 Gormont et Isembart, éd. A. Bayot, 33), nonsavoir, subst. (ca 1140 GAIMAR, Estoire des Engleis, éd. A. Bell, 2486), nonnuisant (1re moitié XIIe s. Psautier d'Oxford, 72, 13 ds T.-L.), nonsage (id. Psautier de Cambridge, 93, 8, ibid.),v. aussi nonchaloir, non voyant, etc. B. Constitue, avec ellipse du verbe, le 2e terme d'une alternative a) ca 1050 (St Alexis, éd. Chr. Storey, 579: Voillent o nun, sil laissent [Alexis] metra an terre), cf. ca 1100 (Roland, éd. J. Bédier, 1419); id. (id., 423: Par lui orrez si avrez pais u nun); ca 1160 (Eneas, éd. J.-J. Salverda de Grave, 589: Les homes neier en vëimes..., si ne savon S'il sont encor neié o non); b) ca 1100 (Roland, 1279: ... l'abat mort, qui qu'en peist u qui nun); id. (ibid., 2567: Mais ço ne set liquels veint ne quels nun). C. 1. Dans une exceptive elliptique négative introduite par se (l'élément exclu se trouvant entre se et non) ca 1100 (Roland, 221: ... Ja mar crerez bricun, Ne mei en altre, se de vostre prod nun!; 3681: Mais n'ad talent que li facet se bien nun), cf. KELLER, p.343b; 2. dans une hypothétique elliptique négative ca 1170 (Rois, éd. E. R. Curtius, IV, II, 10, 175: Fort chose as requise, mais nepurquant, si tu veiz quant jo ierc raviz, issi iert cume tu requiers; si nun, n'iert pas issi), v. sinon. D. Réponse directe répliquant par la négative à une question posée —ou réfutant l'assertion d'un interlocuteur 1. non employé comme compl. d'obj. après un verbe déclaratif ca 1130 ne dire ne o ne nun (Gormont et Isembart, 266); 2. non accompagné d'un pron. suj. de forme non prédicative (suggérant que le verbe est s.-ent.) ca 1170 (BÉROUL, Tristan, éd. A. Ewert, 505: «Sire, s'or ne nos veïsiez, Certes ne nos en creïssiez» —«Par Deu, je non»); 1174-87 (CHRÉTIEN DE TROYES, Perceval, 261: Vaslez, fet il, don nel sez tu? —Je non; 4799: Es tu a lui? —Sire, ge non); 1176-81 (ID., Chevalier au lion, 4915: Car me dites voire novele [...] —«Je non» fet il «se Dex me voie!»), cf. la négation ne employée en pareil cas avec le pron. suj. prédicatif (ne II), v. G. MOIGNET, Gramm. de l'a. fr., p.274; 3. non faisant phrase à lui tout seul (emploi relativement rare par rapport à l'emploi II) a) en réponse à une question oratoire 1176 (CHRÉTIEN DE TROYES, Cligès, éd. A. Micha, 897: Si fera ele maugré mien, Ja ne l'an voel je tolir rien. Tolir? Non voir! ce ne vuel mon); b) ca 1200 (JEAN BODEL, St Nicolas, éd. A. Henry, 895: Rasoir, chi n'atendés vous point? —Non, car tu l'as passé d'un point); début XIIIe s. (RAOUL DE HOUDENC, Vengeance Raguidel, 4725 ds T.-L.: «Vos ne ferés pais autrement? Ferés?» —«Nan voir»); id. (Bueve de Hanstone, I, 8754, ibid.: «Estes de Franche?» —«Dame», dist Bueves, «non, Mais d'Engletere»). E. Non en reprise de phrase négative (négation oratoire) ca 1200 (JEAN BODEL, St Nicolas, 526: Riens qui en se garde soit mise N'iert ja perdue ne maumise, Tant ne sera abandonnee, Non, se chis palais ert plain d'or Et il geüst seur le tresor); début XIIIe s. (RAOUL DE HOUDENC, Vengeance Raguidel, 4864 ds T.-L.: Nus nel quidast a la cort, non, Qu'il le dëust nul jor avoir). F. Non interr. au sens de «est-ce bien vrai?» ca 1285 (ADAM DE LA HALLE, Robin et Marion, éd. E. Langlois, 85: «... je n'amerai autrui que Robert» —«Non, bergiere?» —«Non, par ma foi!»). II. [Négation totale portant sur le verbe: dep. 842, v. ne] Non, négation d'un verbe qui, dans une courte phrase, confirme ou nie une assertion ou une interr. précédente. Si le premier verbe est être ou avoir —plus rarement un autre verbe auxil. (pouvoir, vouloir...) —non précède une forme appropriée de ces verbes; si le premier verbe est autre que être ou avoir, non précède une forme appropriée du verbe faire; de ce dernier emploi, le syntagme non fait «non, non certes» [cf. l'anton. si fait]: XVIIe s. (Épigramme ds M.RÉGNIER, OEuvres, éd. P. Jannet, 1867, p.231: Robin, ta chandelle se fond —Non fait, dict il; cf. éd. P. Poitevin, 1860, p.335), relevé dans divers dial. (FEW t.7, p.183ab). A. Après une assertive 1. affirmative ca 1100 (Roland, 255: Respunt Rollant: «Jo i puis aler mult ben!» —«Nu ferez certes», dist li quens Oliver; 330: «Jo i puis aler, mais n'i avrai guarant. Nu l'out Basilies ne sis freres Basant»); 1160-74 (WACE, Rou, éd. A. J. Holden, II, 673: «Gentiz ber», dist li roiz, «se Dex me beneïe, Tout sui prest, s'il vous plest, d'aler en vostre aïe...» —«Non ferez»); 1174-77 (Renart, éd. M. Roques, IIIa, 4367: Dist Chantecler: Renart cousin, Vos me volez traire a enging. —Certes, ce dist Renart, non voil); 1174-87 (CHRÉTIEN DE TROYES, Perceval, 399: «Tu as veü, si com je croi, Les enges don la gent se plaignent, Qui ocient quan qu'il ataignent. —Voir non ai, mere, non ai, non!»); fin XIIe-début XIIIe s. (ID., Cligès, éd. A. Micha, p.215, leçon ms. a, apr. 6462, 4-6: Ce set an bien certainement Que je sui suans et la tor soe. —Non est, Johans, ançois est toue); 2. négative ca 1223 (GAUTIER DE COINCI, Miracles, éd. V. F. Koenig. 2 Mir. 28, 103: La ne dut pas de joie faillir, Et sachiez bien que non fist elle); 1240-80 (BAUDOUIN DE CONDÉ, Dits et Contes, 102, 128 ds T.-L.: Voire, ja n'ai en blont n'en brun Fïance, ki fait chiere enfrume; Non ai je n'en blonde n'en brune); 1268-79 (JEAN DE MEUN, Rose, éd. F. Lecoy, 9515: ... et s'i fet aucune foiz pendre Que sa mere nou peut defendre. Non peut ses peres Queurs Failliz). B. Après une phrase impér. 1. positive ca 1150 (Charroi de Nîmes, éd. D. McMillan, 60: Puis li a dit «Guillelmes, quar seez! —Non ferai, sire,» dit Guillelmes le ber); 2. négative 1174-87 (CHRÉTIEN DE TROYES, Perceval, 170: Et dit: «Vallez, n'aies peor! —Non ai ge, par le Salveor»). C. Après une phrase optative a) négative ca 1160 (Eneas, 8489: Ja Dé ne place Qu'il m'amor ait! Non avra il); b) affirmative ca 1228 (GERBERT DE MONTREUIL, Violette, 3146 ds T.-L.: «Que la male mors vous en vigne, Que taindre vous en puist le fache!» —«A foi, damoisiele, non fache»). D. Après une interrogative (interrogation directe) ca 1160 (Eneas, 1750: Sire, par coi m'avez traïe? —Ge non ai, voir, la moie amie). III. Non pas... que + subj., loc. conj.; sert à écarter une cause qu'on pourrait supposer: XIVe s. (Dit de Robert le Diable, 57 ds T.-L.). IV. Emploi subst. XIIIe s. (Clef des Assises de Jérusalem, art. lxxxiii ds Assises de Jérusalem, éd. Beugnot, t.1, p.586: Par l'assise ou usage dou royaume de Jerusalem..., nul ne peut faire preuve de non); fin XIVe s. dire dou non «refuser» (FROISSART, Espinette amoureuse, éd. A. Fourrier, 855); 1690 pour un ouy, ou pour un non (FUR.). Du lat. non, adv. de négation se plaçant av. le verbe en prop. négative (id fieri non potest), pouvant également porter sur un mot particulier (id non fieri potest); non peut également exprimer une réponse négative [celle-ci consistant régulièrement à reprendre le terme sur lequel portait la question], cf. TÉRENCE, Phormio, 525: Iam ea [dies] praeteriit? —Non; CICÉRON, Pro Murena, 73: Senatus num obviam prodire crimen putat? Non; sed mercede... Num sectari multos? Non; sed conductos, v. Lat. Gramm. t.2. Lat. Syntax und Stilistik, § 241, C , p.452. Fréq. abs. littér.:75941. Fréq. rel. littér.:XIXe s.: a) 82220, b) 93484; XXe s.: a) 105984, b) 138993. Bbg. ATTAL (P.). Négation de phrase et négation de constituant. Lang. fr. 1971, n°12, pp.98-111. —BORILLO (A.). La Négation et l'orientation de la demande de confirmation. Lang. fr. 1979, n°44, pp.27-41. —COHEN (M.). Emplois nouv. de oui et non. B. Soc. Ling. 1952, t.48, pp.40-51. —GAATONE (D.). Ét. descr. du syst. de la négation en fr. contemp. Genève, 1971, 238 p. —HOEYBYE (P.). Oui, si et non. Fr. mod. 1939, t.7, pp.47-51. —KALIK (A.). La Caractérisation négative. Fr. mod. 1971, t.39, pp.128-146. —MAROUZEAU (J.). Dire non. In:[Mél. Bally (Ch.)]. Genève, 1939, pp.415-422. —MARTIN (R.). Le Mot rien et ses concurrents en fr. Paris, 1966, p.30, 56, 68, 200, 217. —MOIGNET (G.) L'Opposition non/ne en anc. fr. Trav. Ling. Litt. Strasbourg. 1965, t.3, n° 1, pp.41-65. —PLANTIN (Ch.). Oui et non sont-ils des «pro-phrases»? Fr. mod. 1982, t.50, pp.252-264. —POHL (J.). Matér. pour l'hist. du syst. oui-non-si en fr. mod. Zootecnica e vita. 1975, t.18, n° 1/2, pp.85-101. —VAN DEYCK (R.). La Synt. de la négation en fr. mod. Trav. Ling. Gand. 1977, n°5, pp.35-60. —WILMET (M.). Oui, si et non en fr. mod. Fr. mod. 1976, t.44, pp.229-252.

non [nɔ̃] adv. de négation.
ÉTYM. IXe, Poème de sainte Eulalie, au sens de ne; sens moderne, XIe; du lat. non en position accentuée. → Ne. REM. Non, en anc. franç., se joignait parfois seul au verbe :|| « Non ferai, de par tous les diables ! » (Molière, l'Avare, V, 3.). → Nonchaloir, nonchalant, nonobstant.
1 Non est la forme accentuée de la négation, ne en est la forme atone. Ces deux mots diffèrent principalement en ceci d'abord que le premier ne peut plus, à lui seul, modifier un verbe, tandis que le second doit nécessairement s'appuyer sur le verbe. D'autre part, non n'a pas besoin d'un autre mot pour exprimer l'idée négative, alors que ne s'emploie le plus souvent en corrélation avec pas, point, plus, etc. Enfin, non peut prendre en phrase négative, toutes les fonctions qui appartiennent à oui, en phrase affirmative.
G. et R. Le Bidois, Syntaxe du franç. moderne, §1761.
———
I Non, adverbe, équivalant à une proposition qui reprend, sous une forme négative, une proposition, une idée ou un terme antérieur. Négation; nenni.
1 (Dans une réponse négative à une question réelle ou rhétorique). || Travailles-tu toujours ? — Non. || Vous n'avez jamais vu fusiller (cit. 2) un homme ? Non, bien sûr.Un monument impressionnant ? (cit. 3) non, il est imposant.
2 C'était déjà un article de la civilité au XVIIe s. : « Il serait inutile de marquer ici ce que l'on dit tous les jours aux enfants, que quand on doit répondre, oui, ou non, il faut toujours y ajouter, Monsieur, Madame, Monseigneur, etc. » (Tr. de la Civ., 24).
F. Brunot, la Pensée et la Langue, p. 504.
3 Je dois bien t'ennuyer, Spark ? — Non; pourquoi cela ?
A. de Musset, Fantasio, I, 2.
4 Ton cœur bat-il toujours à mon seul nom ?
Toujours vois-tu mon âme en rêve ? — Non.
Verlaine, Fêtes galantes, « Colloque sentimental ».
(Pour opposer un refus à une demande). || Répondez-lui. Non. || Accepterez-vous, à la fin ? Non, rien à faire, n'insistez pas…
5 Souffrez (…) — Non, tes conseils ne sont plus de saison.
Racine, Andromaque, III, 1.
6 Rentrez vite chez vous. Lâchez-moi. — Non.
J. Green, Léviathan, I, XII.
Non, répété par insistance (→ Illusoire, cit. 3). || Je ne veux pas, non, non et non !
7 Eh bien ! manger moutons, canaille, sotte espèce,
Est-ce un péché ? Non, non.
La Fontaine, Fables, VII, 1.
8 (…) Tu n'es pas plus mal, n'est-ce pas ? demanda Charles. — Non ! non !
Flaubert, Mme Bovary, III, VIII.
9 N'étais-je pas au bord de la folie ? Non, non, ne parlons pas ici de folie.
F. Mauriac, le Nœud de vipères, II, XII.
Non, renforcé par un adverbe, par une locution adverbiale. || Mais non ! (→ Aimer, cit. 50; intervenir, cit. 4). || Non merci (cit. 20, et supra). || Ma foi non. || Ah ! ça non ! || Sûrement, certainement non. || Certes non (→ Minerai, cit. 1). || Mon Dieu, non, Dame non !Fam. || Fichtre non, foutre non !
10 La politique, hélas ! voilà notre misère,
Mes meilleurs ennemis me conseillent d'en faire.
Être rouge ce soir, blanc demain, ma foi, non.
A. de Musset, Poésies nouvelles, « Sonnet au lecteur ».
Que non (→ Meurtrier, cit. 3).
11 Vous êtes fâchée de cela ? Oh ! que non.
A. de Musset, On ne badine pas avec l'amour, III, 7.
12 (…) je joue si mal ! — Oh ! que non ! Vous ne jouez pas mal.
G. Duhamel, Salavin, I, XIV.
Vieilli. || Non pas, soit pour insister sur la dénégation (→ Foule, cit. 14), soit au contraire (dans une réponse) pour atténuer la brusquerie du simple non. || Non pas, monsieur le comte (→ Calmer, cit. 15.3).
13 (…) Trouvez-vous qu'il vous blesse (ce discours) ?
— Non pas; mais la surprise est fort grande pour moi (…)
Molière, le Misanthrope, I, 2.
14 Ai-je tout dit ? Non pas !
G. Duhamel, les Plaisirs et les Jeux, p. 121.
Fam. || Non, employé comme interrogatif, après une question où dans le corps d'une question.
REM. Quand il accompagne une interrogative positive (Il était beau, non ?), non a le sens de n'est-ce pas ? Avec une interrogative négative (Il n'était pas beau, non ?), il appelle une dénégation telle que « mais si ! ».
15 Quand vous étiez petits, il ne se montrait pas gentil quelquefois ? Non ?
F. Mauriac, le Nœud de vipères, II, XII.
16 C'est triste, non, de penser que, si on devient un homme public, on ne peut plus être complètement sincère en tant qu'écrivain ?
S. de Beauvoir, les Mandarins, p. 190.
Pourquoi non ? ( Pas).
2 (XIIe). || Non, complément direct d'un verbe déclaratif ou d'un verbe analogue. || Il dit toujours non. Nier, refuser. || C'est un faible, il ne sait pas dire non.Fam. Je ne dis pas non : je veux bien.Fig. || Dire non à qqch. Refuser, repousser. || Elle n'a pas encore dit non (→ Fiancé, cit. 5). || Ne dis pas non (→ Fauteur, cit. 2). || Répondre non (→ Fatalité, cit. 14). || Faire non de la tête (→ Négateur, cit. 1).
17 Hippocrate dit oui, mais Gallien dit non
J.-F. Regnard, les Folies amoureuses, III, 7.
18 Il ne connaissait pas les mobiles étranges qui gouvernent parfois les actions des femmes; il ne savait pas que celle qui veut réellement refuser se contente de dire : Non, et que celle qui s'explique veut être convaincue.
A. de Musset, Nouvelles, « Frédéric et Bernerette », III.
19 Le Babou apprend, lui aussi, l'étonnante vertu des mots. Comme tous les autres petits hommes, il a su dire « non » bien avant de savoir dire « oui ».
Duhamel, les Plaisirs et les Jeux, p. 55.
20 (…) la résistance, qui a fini par triompher, montre que le rôle de l'homme est de savoir dire non aux faits même lorsqu'il semble qu'on doive s'y soumettre.
Sartre, Situations III, p. 61.
(XIIe). Ne dire ni oui ni non. || C'est un homme qui ne dit jamais ni oui ni non, qui ne prend pas parti. (Sans ne) : || Pour ne pas se mettre mal (cit. 10) avec lui, ils diront peut-être… ni oui, ni non.Fig. || C'était l'heure (cit. 46) indécise qui ne dit ni oui ni non.
21 Il ne disait jamais ni oui ni non, et n'écrivait point.
Balzac, Eugénie Grandet, Pl., t. III, p. 488.
22 (…) je ne vous réponds ni oui ni non, en vrai Normand.
Flaubert, Correspondance, 750, janv. 1863.
(En subordonnée complétive, après que). Il n'en est rien. || Je vous dis que non. || Vous savez bien que non (→ Événement, cit. 12). || J'espère (cit. 27) bien que non. || Faire signe que non. || Il paraît que non (→ Fort, cit. 12).
3 (1666). || Non, détaché devant une phrase négative, pour annoncer ou souligner la négation. || Non, je ne le regrette pas (→ Cachot, cit. 4). || Non, je ne vous en veux plus (→ Fatalité, cit. 5). || « Non, l'avenir (cit. 13) n'est à personne… »
23 Non, je ne puis assez admirer ce silence.
Racine, Andromaque, IV, 2.
24 Non, il n'est rien que Nanine n'honore.
Voltaire, Nanine, III, 8.
REM. Les éditions posthumes portent : « … que sa vertu n'honore ».
25 « Dis-le donc que je suis laid ? » (…) — « Non, je ne le dirai pas. »
Colette, Chéri, p. 7.
4 Non, au début d'une phrase positive, pour nier ou corriger un terme qui vient d'être énoncé. || Un homme ? Non ! une guenille ! (cit. 9). || Adieu, ou plutôt non, au revoir (→ Éternel, cit. 32). || Ce n'est pas nécessairement un ton chaud et persuasif. Non, mais plutôt un ton froid (cit. 19).
26 — Oh ! vous êtes bon ! dit-elle. — Non, je vous aime, voilà tout !
Flaubert, Mme Bovary, II, IX.
27 Tu peux la porter (l'enveloppe) à Maître Arcam… Ou plutôt non, téléphone-lui de venir, je la lui remettrai moi-même (…)
F. Mauriac, le Nœud de vipères, II, XVII.
5 Fam. || Non, exclamatif, marquant l'indignation, la protestation, etc. || Non, quelle armée ! (→ Marrer, cit.). || Non, par exemple ! (cit. 41 et 42). || Non, mais ! || Non mais, sans blague ! || Non mais, des fois ! Mais (cit. 32, 33, et supra).
28 Non mais, regardez-moi comme c'est fringué !
Aragon, les Cloches de Bâle, V.
Non, interrogatif, marquant l'étonnement, le doute devant une nouvelle surprenante. || Non ? sans blague ? || Il a été reçu premier. Non, pas possible ?
28.1 Quoique plutôt négatif d'apparence, le non ! exclamatif permet à beaucoup de gens de faire avancer la conversation de façon positive. Ex. : « Et vous savez comment il a commencé ? (…) Comme plongeur ! — Non ! » Vous êtes stupéfait, ce n'est pas possible.
Pierre Daninos, Un certain Monsieur Blot, p. 233.
6 (Belgicisme). Non fait (négation renforcée, d'après si fait). Si.
———
II (En phrase coordonnée ou juxtaposée à une proposition affirmative ou négative).
Et non… || C'est le cœur qui sent Dieu, et non la raison (→ Foi, cit. 31). || La langue est une forme (cit. 41) et non une substance. || Effectivement et non en apparence (cit. 34). || Par conviction et non par frousse (cit. 2).aussi force, cit. 48. || Quelques-uns et non des moindres (→ 3. Mal, cit. 35).
29 (…) presque tous les hommes meurent de leurs remèdes et non de leurs maladies.
Molière, le Malade imaginaire, III, 3 (→ Maladie, cit. 4).
Mais non… Mais (supra cit. 21).
Et (mais) non pas, point… || « Je ne sais que souffrir, et non pas murmurer » (→ Instruit, cit. 3, Voltaire). || « Ton bras est invaincu mais non pas invincible » (cit. 1, Corneille).aussi image, cit. 44; instruire, cit. 2. || « Sers ma fureur (cit. 5), Œnone, et non point ma raison » (Corneille).
30 Je crains votre silence, et non pas vos injures (…)
Racine, Andromaque, IV, 5.
31 Aimez qu'on vous conseille et non pas qu'on vous loue.
Boileau, l'Art poétique, I.
32 (…) il désirait inspirer confiance. Mais non point se confier à l'aveuglette.
J. Romains, les Hommes de bonne volonté, t. I, XX, p. 235.
Ou non (marquant une alternative). || Que vous le vouliez ou non (→ Affaire, cit. 75). || Qu'il l'eût mérité ou non (→ Fouailler, cit. 2). || Heureux ou non (→ Fin, cit. 28). || Volontairement ou non (→ Inconsciemment, cit.).Dans une question double. || Êtes-vous décidé ou non ? || Comment (cit. 3) l'historien juge-t-il qu'un fait est notable ou non ? || Pair ou non ? (→ Impair, cit. 2). — ☑ Oui ou non, « pour marquer l'impatience où l'on est de connaître la réponse » (R. Le Bidois, §1764). || Oui ou non, es-tu des nôtres ? (→ Mien, cit. 26, et aussi monarchie, cit. 3).
33 Vous a-t-il dit oui ou non que ce rapprochement n'était pas possible (…)
J. Romains, les Hommes de bonne volonté, t. IX, XXXII, p. 281.
(Dans une interrogation indirecte). || Je me demande s'il y est allé ou non. || Savoir si un homme a fait la guerre (cit. 31) ou non (→ aussi maintenir, cit. 19).
34 Jean, depuis son héritage, se demandait tous les jours s'il l'épouserait ou non.
Maupassant, Pierre et Jean, VI.
Non, dans un membre de phrase elliptique, juxtaposé à une proposition affirmative. || En cherchant la volupté, non la passion (→ Libertin, cit. 15).
(En fin de phrase, pour nier un verbe qui est énoncé dans un premier membre affirmatif et qui n'est pas répété dans le second membre — il s'agit d'un zeugme). || Si les uns mouraient, les autres non… 2. Pas (→ Affliction, cit. 4). || « Les fascistes (cit. 2) peut-être. Nous, non ». || Huit jours plus tôt, elle pouvait encore vivre sans lui. Aujourd'hui non (→ Irréparable, cit. 6).
35 À la Chine, les voleurs cruels sont coupés en morceaux; les autres, non.
Montesquieu, l'Esprit des lois, VI, XVI.
36 Les riches sont moralement tenus d'être probes; les pauvres, non.
France, le Lys rouge, X.
Non plus. Remplace aussi soit dans une proposition négative, soit dans une proposition elliptique juxtaposée ou coordonnée à une autre proposition négative. || Il n'entend rien non plus, rien qu'un bourdonnement (cit. 8) sourd.
Toi non plus… tu ne perds pas de temps (→ Botter, cit. 2). || Il n'y a rien compris, ni moi non plus (→ Jamais, cit. 1).REM. Pour l'emploi d'aussi dans ces phrases → Aussi (supra cit. 49).
Pour Non plus que, en phrase comparative → Plus.
37 (…) pardonne-moi; je ne sais ce que j'ai aujourd'hui. — Ni moi non plus, je ne sais ce que tu as (…)
A. de Musset, Barberine, I, 3.
38 Un soir le petit Gavroche n'avait point mangé; il se souvint qu'il n'avait pas non plus dîné la veille; cela devenait fatigant.
Hugo, les Misérables, IV, IV, II.
39 (…) elle ne parlait pas, Charles non plus.
Flaubert, Mme Bovary, I, III.
40 Elle non plus, parbleu ! n'a pu prendre longtemps au sérieux son amour.
Gide, les Faux-monnayeurs, I, VI.
Non…, non pas…, non point…, etc., en corrélation avec un terme postérieur introduit par mais. || « La femme (cit. 18) apporte aux hommes non le plaisir, mais la tristesse ». || « Immolez (cit. 7) non à moi, mais à votre couronne ». || Sauver, non sa personne, mais son âme (→ Honnête, cit. 7).Une voix non pas servile, mais soumise (→ Glacer, cit. 27).Non point une incitation (cit. 4), mais bien un empêchement (→ Mais, cit. 20).Compter non plus par syllabes mais par pieds (→ Intonation, cit. 6).
Non même (ou non pas même)… mais… || Vous me jugez non sur une parole, non même sur un acte, mais sur vos pensées que vous me prêtez gratuitement (cit. 7).
Non seulement… mais (ou mais encore, mais aussi, mais même…), mettant en relief l'addition introduite par mais. || Non seulement… mais… (→ Finesse, cit. 8; frère, cit. 8; héros, cit. 18). || La morale (cit. 6) veut non seulement que nous évitions le mal, mais que nous fassions le bien.Non seulement… mais encore (→ Cœur, cit. 162, Pascal; fait, cit. 10).Non seulement… mais aussi (→ Idée, cit. 20), mais même (→ Infiltrer, cit. 5).Non pas seulement… mais (cit. 24, Michelet, et aussi fonder, cit. 8).
41 Non seulement vos vers sont mauvais, mais il m'est démontré que vous n'en ferez jamais de bons.
Diderot, Jacques le fataliste, Pl., p. 534.
42 Dans ces tours, où l'on remarquera que le terme négatif est toujours placé avant l'autre, non sert bien à nier, mais comme il porte à plein sur seulement, et que cet adverbe énonce l'exclusion d'une addition, non en vient à souligner, en l'annonçant, l'addition proprement dite amenée par mais.
G. et R. Le Bidois, Syntaxe du franç. moderne, §1763.
REM. « La locution adverbiale non seulement et les mots corrélatifs mais, mais encore, mais aussi, mais même se placent toujours de façon symétrique relativement aux termes que ces expressions servent à mettre en opposition : Non seulement on l'estime, mais encore on l'aime… » (Grevisse, le Bon Usage, §831, b). — Cette règle, à la fois logique et judicieuse n'est pas toujours observée (→ Caricature, cit. 6; loi, cit. 60) :
43 Il lui avait donné non seulement toutes ses économies, mais il s'était endetté gravement.
Maupassant, Bel-Ami, I, V.
44 Mais Jacqueline était une folle : non seulement elle était capable de faire ce qu'elle disait, mais de dire ce qu'elle faisait.
R. Rolland, Jean-Christophe, Les amies, p. 1215.
45 (…) et c'est là ce qui fait qu'il se défend si âprement, non point seulement quand on l'attaque, mais qu'il proteste même à chaque restriction des critiques.
Gide, les Faux-monnayeurs, I, VIII, p. 98.
Non sans…REM. Dans ce tour, non atténue la valeur négative de « sans » jusqu'à l'éliminer, parfois, presque entièrement. || Non sans hésitation, avec une certaine hésitation.Non sans peine, non sans mal (→ Fatidique, cit. 2; intensité, cit. 3). || Non sans s'être retourné maintes (cit. 7) fois. || Non sans qu'il s'en soit aperçu.
46 non sans — Il y a une façon détournée de marquer que deux choses énoncées s'accompagnent, c'est de nier qu'elles s'excluent. On se sert à cet effet de non sans, jamais sans : Elle s'assit non sans avoir salué; — On m'avait renvoyé tout de suite, mais non sans que j'eusse eu le temps de remarquer l'éclat des yeux de cet homme (Bourg., Corn., 9).
F. Brunot, la Pensée et la Langue, p. 715.
(Fin XVIe). Non que, suivi du subjonctif. Locution conjonctive servant à écarter une explication possible du fait que l'on énonce, de l'opinion que l'on affirme. || Il ne réussira pas; non qu'il soit incapable, mais il est trop insouciant (ce n'est pas qu'il soit…, mais…). || Non que les intentions (cit. 9) n'aient aucune valeur, mais… (→ Affirmation, cit. 3; flatter, cit. 8). || Non pas, dit-elle, que j'en fasse cas (cit. 18).
47 Non que pour Octavie un reste de tendresse
M'attache à son hymen et plaigne sa jeunesse.
Racine, Britannicus, II, 2.
48 Non que je fisse des efforts extraordinaires pour mériter cet éloge (…)
Abbé Prévost, Manon Lescaut, I.
49 Elle accepta avec joie, non qu'il y eût entre vous beaucoup d'intimité, mais elle aimait nos enfants (…)
F. Mauriac, le Nœud de vipères, I, VIII.
Non moins que… Autant; moins.
———
III Non, en emploi adverbial.REM. Devant un adjectif, un participe ou un substantif commençant par une voyelle ou un h muet, non se prononce plus couramment [nɔn].
1 (Modifiant un adjectif, un participe). Qui n'est pas, est le contraire de.REM. Conformément à son emploi primitif (cf. l'étymologie), non peut modifier un participe passé (passif) en fonction d'épithète. « Une leçon qui n'est pas sue » devient ainsi, en supprimant le verbe : Une leçon non sue. || Tous les gens non intéressés, non préoccupés… (Académie). || Des revues non coupées. || La Constitution civile, non reconnue par le Pape (→ Insermenté, cit.). || Des accès de gaieté non motivés (→ Intervalle, cit. 14).
50 Aricie ? — Ah ! douleur non encore éprouvée !
Racine, Phèdre, IV, 6.
51 Petit poète jamais las
De la rime non attrapée !
Verlaine, Romances sans paroles, VI.
Un personnage non négligeable, qu'on ne peut pas, qu'on ne doit pas négliger. || Une gloire non médiocre (→ Exclusivement, cit. 2). || Sa nature non apparente (→ Foncièrement, cit.). || Des marchandises non indispensables (→ Luxe, cit. 15). || Les gens non amoureux (→ Malheureux, cit. 10). || Une bonté non moindre (→ Éternité, cit. 10).
REM. Devant certains adjectifs plus ou moins techniques, non devient une véritable « particule de composition » et se joint parfois à l'adjectif par un trait d'union.
Non-conducteur. || Non-conformiste. || Non-interventionniste. || Non-présent. || Non-solvable (→ aussi, avec soudure : Nonchalant, nonpareil, nonobstant, etc.). || Un pacte de non-agression.
52 Chaque lord, à l'appel de son nom, se lèvera et répondra content ou non content, et sera libre d'exposer ses motifs de vote (…)
Hugo, l'Homme qui rit, II, VIII, VII.
2 (Devant un substantif). || Non, préfixe servant à former des composés négatifs qui marquent le contraire, l'absence, et qui s'écrivent soit avec, soit sans trait d'union, cette orthographe marquant le caractère libre de la formation (→ infra, à l'ordre alphabétique, non-activité, non-agression, etc.).
53 (…) je ne dirai pas l'impiété, mais la non piété de son attitude.
Barbey d'Aurevilly, les Diaboliques, « À un dîner d'athées », p. 280.
54 Les non-Européens, débiteurs de l'Europe, avaient fini de lui rembourser leurs dettes (…)
J. Romains, les Hommes de bonne volonté, t. XV, III, p. 57.
55 (…) dans un sentiment total de non-défense.
J. Romains, les Hommes de bonne volonté, t. VI, XXII, p. 198.
REM. 1. Non-. Cet élément préfixé sert à former, avec des substantifs, de très nombreux composés (avec des adjectifs, son emploi est grammatical, c'est-à-dire libre et impossible à décrire sur le plan lexical). C'est un moyen morphologique d'exprimer « l'absence de… » (avec des noms abstraits) ou de définir un ensemble d'objets logiques complémentaire de celui que désigne la base (ex. : les croyants et les non-croyants, dont l'extension est : la totalité des hommes). Le procédé est d'ailleurs ancien (non-arrivée, non-reprise, non-visite, Beaumarchais in D. D. L.; non-instruit, non-patriote, non-propriétaire chez Bobeng, Necker, etc. [ibid.]). Quand le composé correspond à un concept précis dans une activité déterminée (science, politique) ou à un emploi fréquent, il est traité à l'ordre alphabétique. Dans le cas contraire (formations individuelles, occasionnelles) on peut mentionner les exemples suivants, classés par ordre alphabétique; bien entendu, la frontière est arbitraire et cette unité peut devenir fréquente.
55.1 Et cependant ce non-amour (vis-à-vis d'Andrée) est encore plus fort que l'amour qu'il croit éprouver pour Solange, sa maîtresse et fiancée.
Montherlant, Sur les femmes, p. 129 (in Gide).
55.2 Ma pensée seule allait de l'avant, et d'autant plus audacieusement qu'elle ne s'inquiétait nullement du non-assentiment de mes sens.
Gide, Geneviève, in Romans, Pl., p. 1400.
55.3 L'état de (…) non-attention, qui est évidemment le plus fréquent.
Valéry, l'Idée fixe, in Œ., Pl., t. II, p. 206.
55.4 (…) mettant bout à bout mots et phrases suivant une syntaxe, un ordre machinal et d'ailleurs sans importance, l'important étant la non-cessation du son, du bruit (…)
Claude Simon, le Vent, p. 151.
55.5 (…) le choix initial en amour n'est pas réellement permis (…) dans la mesure même où il tend exceptionnellement à s'imposer, il se produit dans une atmosphère de non-choix (…)
A. Breton, l'Amour fou, V, p. 135.
55.6 Il est déjà douloureux de reconnaître que le succès et les merveilles de cet instrument (la voiture) affranchissant tiennent, pour une part, aux privilèges qui lui ont été accordés, en toute non-connaissance, et, en particulier, à la non-compensation des dommages causés.
A. Sauvy, Croissance zéro ?, p. 241.
55.7 L'ensemble supérieur qu'est un laboratoire est donc surtout constitué par des dispositifs de non-couplage, évitant la création fortuite de milieux associés.
Gilbert Simondon, Du mode d'existence des objets techniques, p. 64.
55.8 De l'innocence au sens de non-culpabilité absolue.
A. Breton, l'Amour fou, V, p. 136.
55.9 (…) Elle (cette peinture) possède la propriété de diminuer la combustibilité du bois, des tissus et du papier, et de rendre ces matières non-inflammables (…)
L. Figuier, Année scientifique et industrielle 1859, t. II, p. 229 (1858).
55.10 Ce ne sont (chez Spinoza) que des transformations de langage en langage — ce qui veut dire que tout cela n'a aucun sens. — Un langage a pour sens du Non-langage. « Non-langage » sont les sensations, les choses, les images.
Valéry, Cahiers, t. I, Pl., p. 750.
55.11 Son périple terminé il revient s'asseoir et reprend le cours de ses non-pensées (…)
R. Queneau, Loin de Rueil, p. 95.
55.12 (…) celui qu'on ne reconnaît point se persuade malaisément, même après avertissement, que le non-reconnaître soit sincère.
Gide, Feuillets d'automne, in Journal, t. II, Pl., p. 1089.
55.13 M. Pasteur applique les mêmes principes au charbon et il a développé les faits relatifs à la non-récidive des affections charbonneuses dans un mémoire présenté le 8 septembre 1880 à l'Académie de médecine.
L. Figuier, Année scientifique et industrielle 1881, p. 409 (1880).
55.14 Combien avez-vous d'enfants ? demande-t-on. Vous n'allez tout de même pas répondre zéro, c'est une non-réponse.
Nicole Avril, in F. Magazine, avr. 1978, p. 55.
55.15 J'aurais voulu pouvoir embrasser du regard, recueillir dans mon esprit, à tout instant, ma famille (…) Ah ! vivre ainsi dans la non-séparation en face de Dieu.
Francis Jammes, le Patriarche et son troupeau, p. 186, in D. D. L.
55.16 La pauvre tante, et en fait ma famille tout entière n'aurait pas manqué de condamner ce repentir comme la défaillance la moins pardonnable et la preuve la plus certaine de mon non-savoir-vivre.
Ph. Hériat, la Famille Boussardel, Les enfants gâtés, p. 27 (1939).
55.17 Les civets de notre cuisinier improvisé étaient fortement épicés et nous les arrosions de pinard jusqu'à non-soif.
B. Cendrars, la Main coupée, in Œ. compl., t. X, p. 77.
55.18 C'était le représentant de la foule, le type du non-type.
Th. Gautier, les Jeunes-Frances, in Matoré, p. 320.
55.19 (Le seul principe) qui puisse répondre de la non-vanité du témoignage, du passage humains.
A. Breton, l'Amour fou, VII, p. 174.
2. Ce procédé, par son caractère aisé, tend à substituer — avec des nuances de sens — des composés en non à des composés préfixés plus lexicalisés (→ In-; a-, anti-…; → Non-accompli par rapport à inaccompli, non-animé à inanimé; non-interventionniste par rapport à anti-interventionniste; non-pesanteur par rapport à apesanteur) ou à des mots de sens contraire au radical (non-figuratif par rapport à abstrait, non-initié à profane).
———
IV Non, n. m. invar.(1690; XIIIe « la négative »). || Un non; des non. || Le mot non.Entre le oui du prêtre et le non de l'homme (→ Affirmer, cit. 6). || Que le non prononcé soit un mur d'airain (→ Importunité, cit. 3). || Un non impérieux (cit. 7) de la tête. || Un non catégorique. Refus. || Un oui ou un non (→ Étudier, cit. 24).On se bat pour un oui ou pour un non, pour un rien (→ Canaillerie, cit. 2; et aussi guerroyer, cit. 3).
56 Presque tous les hommes sont esclaves par la raison que les Spartiates donnaient de la servitude des Perses, faute de savoir prononcer la syllabe non. Savoir prononcer ce mot et savoir vivre seul sont les deux seuls moyens de conserver sa liberté et son caractère.
Chamfort, Maximes, « Sur la dignité du caractère », IX.
57 Tout à l'heure, tu m'as dit un mot pour un autre sans doute, un non pour un oui.
Balzac, Ferragus, Pl., t. V, p. 71.
58 Souvent le gracieux oui du cabinet somptueux devenait un non sec dans le cabinet d'Adolphe.
Balzac, César Birotteau, Pl., t. V, p. 495.
59 (…) Malouet avait proposé de vérifier au préalable de quel côté était la majorité; en un instant, tous les Non, au nombre de plus de trois cents, se rangent autour de lui (…)
Taine, les Origines de la France contemporaine, t. I, III, p. 55.
60 Ce qu'elle voulait aujourd'hui de Costals, c'était un oui ou un non. S'il continuait d'atermoyer, ce serait elle qui dirait non.
Montherlant, les Lépreuses, I, III.
CONTR. Oui, si.
COMP. Voir à l'ordre alphab.
HOM. Nom.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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